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La collaboration entre
enseignants et thérapeutes
Le travail en équipe à l’école
concerne entre autres la collaboration entre enseignants et thérapeutes,
qu’il s’agisse des psychologues, des logopédistes,
etc. Monique Fournier Monnet, qui travaille depuis 1979 auprès
du Centre pour le développement et la thérapie de l’enfant
et de l’adolescent et qui est depuis peu responsable du centre régional
du CDTEA de Sion, a accepté de donner son point de vue sur les
richesses mais aussi parfois les difficultés de ce partenariat.
Monique Fournier, la collaboration enseignants-thérapeutes
semble s’être considérablement renforcée au
fil des ans. Selon vous qu’est-ce qui est à l’origine
de ce changement?
Cette collaboration s’est beaucoup développée à
partir du moment où le CDTEA s’est orienté vers l’approche
systémique, dans les années 80. Auparavant, l’école
ou les parents nous signalaient un symptôme puis l’investigation
et les stratégies d’intervention étaient essentiellement
orientées sur l’enfant lui-même et notre travail s’effectuait
dans le cadre d’une thérapie individuelle. Avec les enseignants,
nous avions juste des échanges d’information, ce qui n’a
rien à voir avec un travail en commun. La systémique a radicalement
modifié le point de vue sur les difficultés de l’enfant.
Le symptôme est désormais considéré comme une
tentative de rééquilibration d’un système momentanément
en déséquilibre. La recherche des causes n’est plus
centrale, notre but étant de créer les conditions pour que
le système se rééquilibre. Dès lors l’intervention
se tourne vers les contextes de vie de l’enfant, à savoir
l’école et la famille. Notre travail se fait donc en partie
avec les adultes qui entourent l’enfant, par le biais de séances
communes qui sont toujours fructueuses.
Ces séances sont-elles vraiment toujours
fructueuses ou alors sont-elles parfois difficiles à gérer?
Ce travail en commun peut en effet être difficile à mettre
en place lorsque l’apparition des symptômes a abouti à
des conflits entre adultes ou lorsqu’il y a eu invasion des territoires
respectifs, mais ensuite il devient fructueux.
La définition du rôle de chacun
est essentielle. Comment faire pour que les regards sur l’enfant
soient complémentaires?
Ce qu’il faut, c’est avoir un regard confiant sur ce que fait
l’autre. Les parents doivent considérer les compétences
de l’enseignant dans son domaine et celui-ci doit avoir un regard
positif sur la famille. Ce que l’on constate, c’est qu’à
partir du moment où les parents et les enseignants arrivent à
faire front commun face à l’enfant, beaucoup de difficultés
se résolvent rapidement. Par contre, si l’enfant sent qu’il
y a une faille dans la communication entre les adultes, il en profite.
Si la collaboration enseignants-thérapeutes
s’est renforcée, il arrive tout de même que certains
enseignants déplorent le manque de feed-back des thérapeutes
dans certains cas. Y a-t-il une justification à ce manque occasionnel
de retour d’informations?
L’importance du feed-back donné aux enseignants varie selon
les contextes. Il faut savoir que la grande majorité des enfants
nous sont adressés par leurs parents, soit environ 60% des signalements,
même si bien souvent ces derniers appellent sur conseil des enseignants.
Lorsqu’un enseignant a conseillé à des parents de
recourir à nos services et que la consultation s’oriente
vers la famille, je conçois tout à fait sa frustration due
au manque de retour d’informations, cependant quand les parents
consultent de leur propre chef, le secret professionnel auquel nous sommes
tenus empêche la transmission d’informations auprès
des enseignants, sauf autorisation explicite. Par ailleurs, dans chaque
situation nous évaluons quelles ressources doivent être stimulées
dans l’environnement de l’enfant, aussi la collaboration qui
s’instaure avec l’école n’est-elle pas toujours
de la même intensité, ce qui n’est pas forcément
bien compris.
N’y a-t-il pas une large ignorance concernant
vos méthodes de travail…
C’est probable et cela provient à mon sens largement de la
multiplicité des démarches thérapeutiques. Je reconnais
que cela peut être déconcertant d’observer, sans parvenir
à en comprendre les raisons, des différences dans les démarches
d’un psychologue à l’autre et ce même au sein
d’une même orientation psycho-logique. Cela mériterait
probablement que l’on installe davantage de transparence sur nos
méthodes de travail. Pour dissiper certains malentendus et éviter
certaines déceptions en raison d’attentes exagérées,
nous devrions essayer d’expliquer les étapes d’une
intervention, sous forme de «cas d’école», depuis
la première rencontre à la clôture d’un dossier,
ce d’autant plus que le temps de la thérapie dépasse
quelquefois le cadre de l’année scolaire. Une meilleure communication
permettrait assurément de diminuer les éventuelles insatisfactions
mutuelles.
Avec l’évolution de l’image
des psychologues et des thérapeutes dans la société,
les enseignants vous sollicitent-ils plus facilement?
Oui, mais ce que je perçois également, ce sont les nombreux
changements dans l’école elle-même. Je trouve que celle-ci
a mis beaucoup de choses en place pour résoudre de manière
autonome une partie des problèmes des enfants, ce qui est très
positif. Nous avons collaboré à certaines initiatives, comme
la médiation scolaire ou l’expérience de médiation
par les pairs au CO de St-Guérin à Sion, avec l’intervention
régulière de psychologues du CDTEA. Tout le travail effectué
par l’Office de l’enseignement spécialisé a
aussi permis à l’école de gagner en efficacité
et en autonomie. Afin d’établir un contact plus direct et
instaurer des liens de confiance, le CDTEA a par ailleurs mis sur pied
une régionalisation: les thérapeutes ont des communes attribuées,
ce qui leur permet de répondre de manière privilégiée
et de nouer des relations plus personnelles avec les enseignants. Malgré
cet effort de proximité, il y a néanmoins un petit nombre
de centres scolaires qui gèrent les situations sans faire appel
à nos services.
On entend parfois dire que les délais
pour obtenir rendez-vous sont assez longs au CDTEA, est-ce exact?
Nous essayons vraiment d’avoir les délais les plus raisonnables
possible, mais il faut bien admettre que le nombre de signalements augmente
chaque année, tandis que le nombre de thérapeutes reste
inchangé. Avec un 60% pour la consultation, je gère personnellement
environ 150 dossiers par année, ce qui n’est pas sans influence
sur le délai de réponse et les options prises pour intervenir.
Dans la très grande majorité des cas, nous enregistrons
un délai inférieur à quinze jours entre la demande
et le premier contact. Nos délais d’attente sont moins longs
que dans le privé, mais peut-être que les attentes à
ce niveau sont plus grandes car nous sommes un service public.
Certaines demandes qui vous parviennent ne sont-elles
pas injustifiées?
Aucune demande n’est injustifiée, car tout appel correspond
à un souci. Ce que nous tentons de faire, c’est de mener
des actions à un niveau préventif. Par exemple, les interventions
des logopédistes auprès des enseignants des petits degrés
visent à leur transmettre un savoir, pour qu’ils puissent
repérer ce qui est banal de ce qui nécessite l’intervention
d’un spécialiste, pour qu’ils sachent quels types d’exercices
peuvent être faits autour des problèmes d’articulation,
etc.
A votre avis, que faudrait-il améliorer
pour une collaboration encore plus efficace?
Il faudrait développer davantage encore la confiance mutuelle et
le respect des territoires. Il est important de dire que lorsque nous
allons en classe, nous ne sommes pas détenteurs d’un savoir
supérieur à celui de l’enseignant, mais nous avons
simplement un savoir complémentaire. Parfois les enseignants ont
l’impression que nous pourrons tout résoudre, donner des
recettes, ce qui n’est bien sûr pas le cas. Notre regard est
différent, extérieur, mais les solutions nous devons les
construire en collaboration, d’où l’importance de cette
confiance mutuelle. Dans ce sens, nous avons fait beaucoup de progrès,
cependant il reste du travail.
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