Coopération : du dire au faire

Dans le monde professionnel, il est de plus en plus question de coopération. C’est un critère d’engagement que de savoir travailler en équipe. On exige la capacité à coopérer, mais généralement il n’y a pas d’examen pratique et ceux qui posent la question ne sont pas forcément experts en la matière.

La coopération c’est comme la communication. Pour reprendre les propos de Jean-François Vincent (cf. pp. 6-8), l’injonction est insuffisante. Prononcer le mot n’entraîne pas le déclenchement de l’action. Coopérer s’apprend, se construit, se développe, etc. D’où l’importance de la formation initiale et continue. Qu’il s’agisse des enfants comme des adultes, leur demander de travailler ensemble ne leur fournit pas les outils nécessaires pour coopérer.

La multiplicité des mots pour décrire les différentes formes de coopération montre par ailleurs qu’au-delà des variantes langagières propres aux auteurs il y a encore des incertitudes au niveau de la description de l’action. Que doit-on entendre par coopérer? La première étape est de se mettre d’accord sur le sens du terme.

Nous n’en sommes qu’au début d’une coopération conscientisée, même si le concept appliqué à la pédagogie remonte aux théoriciens de l’Ecole active, qu’il s’agisse de Ferrière ou de Freinet. La coopération n’est toutefois pas une découverte récente car, ainsi que le souligne Jean-François Dorsaz (cf. pp. 4-5), «tout au long de son développement, l’homme n’a pu que constater les grands avantages d’une bonne coopération avec ses pairs». Reste que, comme il le relève également, «une coopération fonctionnelle et efficace suppose au moins quelques conditions préalables». Pour certains, cette capacité à structurer les échanges au sein du groupe est presque naturelle, alors que pour d’autres il s’agira de travailler davantage le développement et l’entretien de cette capacité. Eh oui, tout le monde n’a pas forcément le don de la coopération ou de la communication, mais chacun peut espérer progresser.

Avec le nouveau Plan cadre romand (PECARO cf. pp. 44-45), la collaboration axée sur le développement de l’esprit coopératif et la communication orientée vers la mobilisation des informations sont deux capacités dites transversales (parce que traversant tous les apprentissages) qui font partie du projet global de formation de l’élève, ce qui ne peut être que réjouissant. Cela signifie que désormais on ne devrait plus se contenter de dire qu’il faut collaborer et communiquer, mais que divers outils seront proposés pour permettre et faciliter la construction de ces capacités utiles tant dans le contexte scolaire qu’extrascolaire. Par ricochet, cela devrait aider les enseignants à fonctionner en équipe, certaines stratégies étant transposables du monde des enfants à celui des adultes. Bien sûr, il serait faux de croire que l’école a attendu PECARO pour recourir à de telles stratégies. Pourtant, même si elles sont maîtrisées ici ou là, elles ne sont pas toujours construites avec efficacité, car ce n’est pas si facile de coopérer. Après l’injonction, il s’agit d’apprendre dans la pratique à travailler ensemble, tout comme le font si bien les fourmis par exemple. La coopération ne vaut pas seulement pour le secteur de l’enseignement, mais aussi sur le plan de l’humain en général. N’oublions pas non plus que coopérer c’est aussi s’aider soi-même à apprendre, à penser de manière critique…

 

Nadia Revaz

 

Retour