Rapport au savoir : avis d'enseignants

Quel rapport les élèves entretiennent-ils avec la connaissance? Comment s’opère l’alchimie entre désir, effort et plaisir à apprendre? Que faire pour donner le goût d’apprendre aux élèves qui sont plutôt dans le refus du savoir scolaire? Trois enseignants ont accepté de se livrer au petit jeu de l’interview flash.


Christine Zufferey, enseignante en classe primaire à Sion

«Si certains élèves considèrent qu’apprendre est un privilège, pour d’autres c’est une obligation», note Christine Zufferey. S’adapter à ces différents rapports au savoir et trouver des stratégies pour présenter la matière de façon à ce que tous les élèves découvrent le désir et le plaisir d’apprendre est selon elle l’une des difficultés majeures de l’enseignement. Quant à dire si les élèves ont conscience de la part d’effort à fournir pour apprendre, elle répond par l’affirmative, en précisant qu’à la fin du primaire tous, quel que soit leur niveau, savent qu’il faut travailler pour apprendre.
Comment essaie-t-elle de les motiver? En tentant de relier les savoirs à la vie quotidienne, au moins dans un premier temps pour les intéresser. Christine Zufferey remarque que les cours d’appui sont d’un précieux secours pour donner aux élèves en difficulté une chance supplémentaire de découvrir le bonheur de la rencontre avec le savoir. Certaines démarches pédagogiques nouvelles lui semblent intéressantes pour stimuler l’envie d’apprendre, mais elle précise qu’il faut encore parvenir à les concilier avec le rythme du programme, ce qui est loin d’être simple.


Bernadette Evrard, enseignante spécialisée à Vouvry

Pour Bernadette Evrard, même les enfants en grande difficulté avec qui elle travaille, ont généralement un bon rapport avec le savoir. Rares sont ceux qui n’ont aucune envie d’apprendre, pour peu qu’on titille leur curiosité. Elle explique que même s’ils sont plus lents que les autres et ont besoin d’un accompagnement individualisé, ils aiment apprendre de nouvelles choses et le fait qu’ils rencontrent plus de difficultés que les autres enfants n’empêche nullement les possibilités de progrès. Elle observe aussi que la plupart de ses élèves ont conscience de la notion d’effort dans l’apprentissage.
Pour les motiver, Bernadette Evrard pense qu’il faut faire plus de place au savoir utilitaire (utiliser la machine à calculer, lire un panneau, etc.) et relève que l’abstraction constitue souvent un obstacle infranchissable pour certains élèves, ce que l’école oublie parfois. Un élève qui refuse d’apprendre peut-il changer d’attitude? «Fort heureusement, il y a toujours un espoir, car il suffit d’un déclic», souligne-t-elle, ajoutant que la reconnaissance de soi est déterminante dans le processus. Elle ajoute que la relation élève-enseignant est aussi essentielle dans le rapport avec le savoir.


Olivier Raboud, CO de Nendaz

Olivier Raboud, enseignant au CO de Nendaz, observe que le rapport au savoir est extrêmement inégal d’un élève à l’autre. Il relève qu’à l’adolescence nombreux sont les jeunes qui voudraient apprendre sans faire le moindre effort, et comme plus l’élève éprouve des difficultés scolaires, moins le plaisir du savoir est immédiat, ce n’est pas simple. Pour sa part, il essaie d’établir des relations entre la matière que les élèves doivent apprendre et ce à quoi cela pourrait leur servir plus tard pour leur avenir professionnel. Actuellement ne demande-t-on pas trop au savoir d’être directement utile? Il répond que c’est peut-être parfois le cas, mais que force est de constater que certains élèves ne comprennent pas encore à l’âge du cycle d’orientation l’utilité différée de certains savoirs constitutifs d’une culture générale.
Que faire pour aider les élèves à avoir un rapport plus positif au savoir? «Il s’agit de les préparer pour qu’ils puissent s’intéresser par eux-mêmes au savoir en éveillant la curiosité plutôt qu’en les forçant à apprendre», explique Olivier Raboud. Il pense, ou du moins il espère, que les nouveaux moyens d’enseignement au CO permettront d’aller davantage dans ce sens.

 

Propos recueillis par N. Revaz

 

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