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Apports de l'ergonomie
aux espaces de travail scolaires
L’ergonomie, parce qu’elle met en œuvre des méthodes spécifiques pour analyser le travail réel dans son contexte naturel (technique et organisationnel) et qu’elle s’appuie sur des disciplines scientifiques relatives à l’homme, telles que la physiologie, la psychologie ou encore la chronobiologie, aide à comprendre les causes des difficultés rencontrées par les travailleurs, contribue à améliorer les situations existantes, à éviter les erreurs lors de la conception de nouvelles unités d’enseignement, de l’aménagement de salles de classes et d’ateliers, de choix de mobilier, de moyens de travail matériels et immatériels (logiciels), lors des choix d’horaires et des aménagements des rythmes scolaires. La finalité première de l’ergonomie est de transformer le travail en contribuant à la fois à la conception de situations de travail qui n’altèrent pas la santé des travailleurs, dans lesquelles ils puissent exercer leurs compétences sur le plan à la fois individuel et collectif et trouver des possibilités de valorisation de leurs capacités, et à l’atteinte des objectifs économiques que l’entreprise s’est fixés, du fait des investissements réalisés ou à venir. Ces deux objectifs sont indissociables et complémentaires (Guérin et Coll., 1997). La démarche proposée s’appuie sur l’analyse du travail réel, qui s’écarte toujours du travail prescrit. L’identification des raisons de cet écart révèle les sources de variabilité à la fois industrielle (aléas, incidents…) et humaine (rythmes circadiens, fatigue) que le travailleur gère dans son activité. Il s’agira alors de donner au travailleur les moyens adaptés pour gérer les variabilités de sa situation de travail sans que cela soit préjudiciable à sa santé et à l’atteinte des objectifs de sa tâche. L’analyse ergonomique du travail vise donc à comprendre l’activité de l’opérateur en réponse aux exigences et contraintes de sa tâche, compte tenu de sa formation, de son expérience et des variations de son état interne. Une meilleure connaissance de l’activité des enseignants et des élèves est indispensable pour une conception adaptée des espaces de formation. Elle requiert une approche globale des situations d’enseignement (Delvolvé, Mazeau, 1987; Lancry-Hoestlandt, Six, Furon, 1990).
Des études et interventions montrent comment l’espace et la disposition spatiale médiatisent les effets de l’organisation de l’enseignement, des choix pédagogiques et des exigences des tâches sur les communications entre enseignant et élèves et leurs déplacements. L’aménagement des espaces d’enseignement influence les modalités de l’activité des élèves et des enseignants en même temps qu’il médiatise les interactions fonctionnelles et sociales. L’aménagement de l’espace est le résultat d’un compromis qui intègre de multiples déterminants, comme la superficie disponible, la forme du local, les caractéristiques des mobiliers et leur nombre, l’effectif des élèves et les choix pédagogiques. La connaissance des élèves, leur niveau, leurs difficultés, leur rapidité dans la réalisation des tâches sont aussi pris en compte. Il est donc nécessaire de mieux connaître comment se construisent ces compromis pour en instruire les acteurs de la conception des espaces. Les choix architecturaux inappropriés, par manque de connaissance de l’activité déployée dans ce milieu particulier de travail, conduisent à des difficultés, voire des impossibilités à réaliser les tâches prévues avec les choix pédagogiques initiaux. Réciproquement, les exigences pédagogiques des enseignants, celles liées à l’organisation du travail peuvent entraîner des options architecturales et techniques plus ou moins facilement réalisables (Six, 2001). Des démarches d’intervention ont été élaborées et éprouvées par les ergonomes pour la conception de systèmes de production industriels, de bureaux, d’hôpitaux, etc. Elles sont tout à fait transposables aux systèmes de formation (écoles, collèges, lycées). Elles reposent sur une analyse du travail dans des sites de référence et la participation des travailleurs à la conception par des méthodes de simulation de leur activité future. Il s’agit non pas de prescrire celle-ci, mais de s’assurer qu’ils pourront développer au moins un mode opératoire compatible avec l’atteinte des objectifs de leur tâche et aussi avec la construction de leur santé. L’analyse de l’activité dans les situations de référence est essentielle pour identifier les tâches effectivement réalisées, pour connaître la façon dont sont gérées les variabilités qui se retrouveront nécessairement dans les situations futures. Ces données, ni le maître d’ouvrage ni l’architecte ne les possèdent; il faut donc les construire, afin de les leur fournir. Deux types de sites de référence peuvent être identifiés: l’établissement qui fait l’objet du projet, lorsqu’il s’agit d’un agrandissement, d’une restructuration ou d’un déménagement, et aussi des établissements qui présentent des caractéristiques similaires à celles prévues dans le projet de construction neuve. Dans ces démarches, l’ergonome se positionne non seulement comme assistance à la maîtrise d’œuvre, les concepteurs, mais aussi comme assistance à la maîtrise d’ouvrage dans la définition des objectifs du projet pour que ceux-ci ne soient pas définis uniquement selon une logique technico-économique, mais intègrent aussi les dimensions relatives à l’organisation du travail, aux options pédagogiques et aux caractéristiques des populations qui vont travailler avec les nouveaux moyens. Ainsi, lorsque les plans existent déjà, l’ergonome peut tenter d’approcher l’activité future à travers des simulations des formes possibles de l’activité future; il s’agit d’évaluer comment les espaces de travail prévus détermineront partiellement le travail (et la vie) futurs des usagers, et d’identifier les difficultés probables et les modifications qui seraient nécessaires. Mais, lorsque le cabinet d’architecte n’est pas encore retenu, l’ergonome peut contribuer à la programmation architecturale, en favorisant la prise en compte du travail dans l’instruction des choix initiaux; dans ce cas, il se situe en position plus «proactive» que «réactive» par rapport aux propositions des concepteurs. Il s’agit alors de définir un projet de fonctionnement du futur établissement, en favorisant la participation des différentes catégories de personnels concernés, qui permettra alors de définir les objectifs fixés à l’architecte (Daniellou, 1999). L’approche proposée s’appuie sur un processus d’interaction entre concepteurs, acteurs de l’école et ergonomes, visant à obtenir une description de «l’espace des formes possibles de l’activité future» et un pronostic concernant les conséquences des choix sur les personnes et sur la pédagogie. On peut alors penser que des lieux de formation mieux adaptés conduiront à des conditions de travail améliorées pour les enseignants, les élèves et les autres personnels. |
| Francis Six Professeur d’ergonomie, UFR de Psychologie, Université Charles de Gaulle Lille3. |
Bibliographie Daniellou F., (1999), Contribution de l’ergonomie à la conduite
de projets architecturaux hospitaliers. Communication au Congrès
ICOH «Santé au travail des personnels de santé».
Montréal. |
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