L'intelligence émotionnelle et le climat scolaire

L’idée selon laquelle l’école ne peut en effet plus se limiter à une transmission de savoirs purs ne révolutionne rien. L’éducation doit en effet s’adapter aux exigences de la société environnante et intégrer les principes de l’éducation socio-émotionnelle. Ce qui est nouveau, c’est de rendre l’apprentissage socio-émotionnel plus systématique et formel. Dans de nombreux pays, l’apprentissage académique traditionnel proposé par les programmes scolaires va ainsi de pair avec l’apprentissage plus spécifique des compétences sociales et personnelles. La Suisse, bien que de plus en plus sensible à cette vision des choses, tarde encore à intégrer des programmes développant l’intelligence émotionnelle à long terme dans le cursus obligatoire scolaire. Pourtant, de la même manière qu’on apprend aux enfants à lire et à écrire, il est possible de leur enseigner les bases de l’intelligence dite émotionnelle.

Les recherches montrent que les compétences sociales et personnelles s’apprennent. Chaque élève possède un certain potentiel de base plus ou moins élevé qui peut être développé et entraîné. Mais cet apprentissage ne se fait pas en un jour; il se déroule, comme l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, idéalement sur des mois, voire des années (2 à 5 années lorsque toute l’école est impliquée).

Les parents, autant que les enseignants, désirent tous que leurs enfants et élèves soient bien formés et possèdent un niveau de culture général satisfaisant. Ils attendent d’eux qu’ils soient prêts à s’attaquer à un monde exigeant, à raisonner de manière critique, à s’adapter à de nouvelles situations et qu’ils arrivent à résoudre des problèmes de manière créative. Pour affronter la réalité du monde d’aujourd’hui, les élèves doivent savoir prendre des décisions, se montrer responsables et gérer des relations sociales saines et respectueuses. A côté de la famille, l’école est justement le lieu idéal où les enfants peuvent apprendre et exercer leurs compétences sociales. A l’école, les enfants sont confrontés à un groupe de camarades, à des règles de vie, à un environnement générateur d’éventuels conflits bien représentatifs des situations qu’ils vont rencontrer dans d’autres contextes. L’école possède un cadre parfait pour implanter de tels programmes de développement des compétences sociales et personnelles. C’est un lieu où les enfants se rencontrent de façon régulière, les différents apprentissages s’y font dans un contexte précis (les élèves savent pourquoi et dans quel but ils apprennent ceci ou cela), et, autre point non négligeable, l’école est un lieu où l’on peut facilement évaluer les résultats de son action.

Les recherches ont démontré que les écoles qui promeuvent l’apprentissage de compétences socio-émotionnelles, et qui offrent par ailleurs un milieu de vie qui applique ces principes, présentent non seulement une amélioration des résultats scolaires mais aussi une réduction de la violence. Un environnement scolaire sain influence positivement le bien-être socio-émotionnel des élèves et leur faculté d’apprentissage, et favorise une attitude dite «démocratique». Autre facteur non négligeable: on observe aussi une diminution des problèmes d’absentéisme et de discipline.

Il n’existe pas de modèle-type unique pour l’apprentissage de telles compétences; l’élaboration d’un programme promouvant l’éducation socio-émotionnelle dépend des objectifs fixés et des moyens à disposition. Son implantation peut se dérouler dans des cadres variés et diverses méthodes peuvent être utilisées. Alors que certains enseignants mettront plus l’accent sur les discussions de groupe, d’autres préféreront utiliser des techniques s’appliquant à de petits groupes. Les uns se plaisent à introduire le thème qu’ils désirent aborder de manière indirecte, en stimulant par exemple les réactions à partir d’un récit ou d’une histoire. Les autres préfèrent éveiller les facultés artistiques de leurs élèves pour aborder des situations de stress ou conflictuelles. L’utilisation de jeux de rôle donne l’occasion aux élèves de se mettre à la place des autres et de s’exercer à de nouvelles techniques de communication.

Un travail plus ciblé autour des sentiments requiert plus d’expérience et soulève souvent par ailleurs plus de réticence de la part des enseignants. Même si ces derniers ne sont en effet pas toujours formés pour cela, il existe de nombreux outils (tels par exemple que le «calendrier des humeurs» qu’atout jeune a développé), qui facilitent l’expression des émotions.

Rappelons aussi que le développement de la faculté des élèves à collaborer avec autrui ne peut intervenir que si une personne a appris à s’auto-contrôler, à écouter le point de vue de l’autre et qu’elle possède des techniques de communication assez élaborées, telles que la négociation ou la persuasion. Il serait donc irréaliste de chercher à développer des compétences sociales et personnelles trop spécifiques avant d’avoir permis aux élèves d’exercer et de bien intégrer les compétences de base.

Bien qu’idéalement les programmes promouvant l’apprentissage socio-émotionnel s’établissent sur un long terme et lors de plages de temps bien définies, les enseignants qui sont débordés par un programme scolaire lourd, qui sont confrontés à un nombre d’élèves élevé, ou dans l’impossibilité de consacrer du temps spécifique à cet effet, peuvent tout de même instaurer dans leur classe un climat de respect et d’écoute propice au développement des compétences sociales et personnelles. Ils peuvent par exemple utiliser les situations quotidiennes conflictuelles qui surviennent spontanément pour inciter leurs élèves à réfléchir de manière créative et critique. Il ne s’agit donc pas dans ces cas-là d’instaurer des programmes compliqués mais d’utiliser le quotidien pour renforcer une communication saine.

Les enseignants jouent le rôle de modèles positifs dans l’apprentissage de la gestion des conflits. En se montrant attentifs aux besoins et émotions de leurs élèves, en les soutenant dans leur prise de décision, en promouvant un esprit de groupe, en leur permettant de jouer un rôle actif dans la classe et en expliquant le pourquoi d’une communication respectueuse et ouverte, les enseignants stimulent de manière non négligeable le sentiment d’appartenance de leurs élèves, leur motivation à coopérer ainsi que leur sentiment d’auto-responsabilité.

Si l’éducation socio-émotionnelle permet ainsi aux jeunes de mieux conduire leur vie et qu’elle influence non seulement leur santé mentale et leurs performances scolaires mais aussi le climat scolaire… alors, pourquoi les écoles devraient-elles s’en priver?

 

Marielle Donzé Cottier

Coordinatrice d’atout jeune pour la Suisse romande et italienne,
01 256 77 47, marielle.donze@projuventute.ch, www.atoutjeune.ch.

 

atout jeune

programme qui promeut la gestion des conflits chez les enfants, les jeunes et leur environnement, mené par pro juventute sous mandat de promotion santé suisse:
soutient financièrement et par des conseils spécialisés des projets qui cherchent à accroître les compétences sociales et personnelles des enfants et des jeunes et qui renforcent leur capacité à gérer des conflits de façon saine avant qu’ils ne se trouvent en situation de crise
conseille ceux qui souhaitent s’engager dans le domaine de l’éducation socio-émotionnelle des enfants et des jeunes
s’applique à recenser toute publication, recherches et autres matériels relatifs à l’apprentissage socio-émotionnel et à la gestion des conflits
cherche à mettre en réseau les personnes et institutions intéressées à la promotion de la santé psychique des enfants et des jeunes, et qui promeuvent plus particulièrement l’apprentissage socio-émotionnel et la gestion des conflits.


Le calendrier des humeurs

atout jeune a créé un calendrier de 41 humeurs qui permet de parcourir l’étendue de ses sentiments et de découvrir la diversité de son univers sentimental.
Pour toute commande (Fr. 25.- par calendrier), s’adresser à: atout jeune, pro juventute, Seehofstrasse 15, case postale, 8032 Zurich, tél.: 01 256 77 93, fax: 01 256 77 78, info@atoutjeune.ch, www.atoutjeune.ch.

 

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