Comment protéger les jeunes internautes?

Avec l'arrivée d'Internet dans les classes et les diverses affaires débattues dans la presse concernant les dangers de ce réseau mondial, en tant que parent ou enseignant, on peut légitimement se demander comment protéger de manière efficace nos chères têtes blondes. Pour mon mémoire de licence , je me suis penché sur les divers moyens existants pour protéger les enfants contre les dangers liés à leur utilisation d'Internet. Ceux-ci se regroupent globalement en trois catégories: les lois, les logiciels et l'encadrement.

Les lois, même si elles ne sont pas spécifiquement adaptées à Internet, permettent en général de lutter contre les contenus illégaux comme les pages à caractère pédophile.

Bien sûr il existe de nombreux sites Internet qui, tout en restant parfaitement légaux, n'en présentent pas moins des contenus "à ne pas mettre entre toutes les mains". C'est là qu'intervient le contrôle de la diffusion des contenus "inappropriés". Une des solutions envisagée a été d'appliquer à Internet un système d'étiquetage des sites sur un modèle similaire à ce qui se fait avec l'emploi des logos de couleur lors des émissions TV. Avec ce système, l'utilisateur peut paramétrer son navigateur pour que les contenus de tel ou tel type ne soient pas affichés.
Le point faible de ce système est que son utilisation est laissée au bon vouloir des éditeurs de pages Internet. Par conséquent, l'utilisateur qui opte pour ce genre de protection doit savoir qu'il ne va réellement filtrer qu'une très faible partie des contenus circulant sur le réseau.

Si l'on désire réellement contrôler les contenus qui s'affichent à l'écran, la seule alternative consiste à se munir d'un logiciel de filtrage . Ces programmes spécialisés fonctionnent en parallèle au navigateur et permettent de bloquer ou d'autoriser l'affichage de contenus sur la base de listes de sites prédéfinies . Le point faible ici est l'actualisation des listes. En effet, avec la vitesse à laquelle évoluent les contenus sur le Net, l'utilisateur n'aura jamais la garantie que le 100% des sites "inadéquats" seront bloqués. Depuis peu une nouvelle génération de programmes de filtrage est apparue sur le marché, le programme PureSight utilise en effet des technologies liées à l'intelligence artificielle pour analyser les contenus des pages Internet avant leur affichage et les bloquer le cas échéant. Les premiers tests que j'ai pu effectuer avec ce programme sont prometteurs.

Malgré tous ces logiciels, on ne pourra jamais empêcher quelqu'un qui désire accéder à des sites bloqués à l'école ou à la maison, d'aller les consulter dans un cybercafé ou chez un camarade.
Il semble dès lors plus intéressant pour l'éducateur, d'instaurer ce que j'ai appelé "la protection humaine", en fait il s'agit tout bonnement de l'encadrement.
En effet, la grande majorité des parents ou enseignants qui ont fait leurs expériences avec le réseau semblent d'accord pour affirmer que l'éducation, la surveillance, le dialogue sont certainement les meilleurs moyens pour protéger l'enfant. Et ce, non pas pour éviter qu'il tombe sur des contenus inappropriés, chose qui ne pourra jamais être garantie totalement, mais plutôt pour lui donner les moyens de réagir de façon adéquate si un tel cas survenait.
Par cette protection, non seulement l'enfant pourra être guidé au travers des méandres du réseau, lui permettant ainsi d'effectuer de plus riches apprentissages, mais cela lui permettra également de se responsabiliser et d'assumer les conséquences de ses choix.

Le point faible ici est souvent la disponibilité de l'adulte ou son impression d'être "largué" par rapport aux connaissances de l'enfant. Mais il faut voir ce genre d'encadrement comme un échange de connaissances. L'adulte y apporte sa capacité de jugement et l'enfant ses capacités techniques.

En conclusion, je pense que lorsque l'encadrement des adultes fait défaut, les logiciels de filtrage constituent une alternative acceptable. Mais afin d'effectuer une protection efficace à long terme, de responsabiliser et d'éduquer les jeunes internautes à une utilisation optimale de ce nouveau média, l'encadrement et le dialogue sont les solutions les plus fiables.

J'ai beaucoup parlé des dangers d'Internet, mais que l'on ne s'y trompe pas: je pense, comme la majorité des internautes, que les richesses apportées par ce nouveau média dépassent très largement ses aspects négatifs. Tous les enfants de notre pays ont déjà ou auront bientôt accès à cette nouvelle technologie. C'est à nous, adultes, par notre encadrement de les guider, de les protéger et d'attirer leur attention afin qu'ils utilisent Internet avec efficacité et muni d'un regard critique.

Quelques conseils

o Paradoxalement, le fait de donner la possibilité d'accéder à Internet à la maison ou à l'école est certainement une des meilleures façons de protéger l'enfant. Un jour ou l'autre, ce dernier ressentira le besoin ou l'envie de se connecter, à ce moment-là il est important qu'il ne soit pas complètement livré à lui-même.
o S'intéresser et apprendre à utiliser Internet. Se tenir au courant des nouveautés concernant le réseau. Votre jeune internaute sera certainement l'une des meilleures sources d'information; gardez le contact!
o S'intéresser aux activités en ligne de l'enfant, apprendre à connaître ses "cyber-amis".
o Discuter avec l'enfant des dangers liés à la pédophilie.
o Placer l'ordinateur qui est connecté à Internet dans une pièce commune plutôt que dans la chambre de l'enfant.
o Etablir un code de conduite, un contrat pédagogique ou tout simplement des règles de base pour l'utilisation du réseau.
o Informer l'enfant qu'il est possible de retracer l'activité des programmes qui permettent de surfer sur Internet et par là même de contrôler les sites qui ont été visités. Cette solution est préférable à un contrôle en cachette, l'inconvénient est qu'elle ne fonctionne que jusqu'à ce que l'enfant ait compris comment effacer ses traces...
o Si l'on utilise des logiciels de filtrage, augmenter progressivement les données et les services auxquels l'enfant peut avoir accès. Ne pas oublier que la supervision et l'encadrement sont essentiels.
o Apprendre aux enfants à ne pas cliquer sur des liens qui se trouvent dans des messages reçus de la part de personnes qu'ils ne connaissent pas. Ces liens pourraient mener directement vers des sites inappropriés.
o Savoir que certains sites, groupes de discussion ou forums de dialogue en direct sont le terrain de chasse des pédophiles. Avertir la police ainsi que le fournisseur d'accès si l'on est témoin de la diffusion de contenus à caractère de ce type.
o Se rappeler que sur Internet, les personnes ne sont pas obligatoirement celles qu'elles prétendent être. Puisque l'on ne les voit pas et qu'on ne les entend pas, il est facile pour un adulte de se faire passer pour une fillette de 12 ans.
o Ne jamais accepter de se rendre à un rendez-vous en face à face avec une personne rencontrée par le biais du réseau sans en avoir préalablement discuté avec un parent ou un enseignant. Si la rencontre a lieu, s'assurer que ce soit dans un lieu public et en présence d'un adulte responsable.
o Ne jamais donner des informations privées (adresse, numéro de téléphone, numéro de la carte de crédit, photo...) dans un message public. Que ce soit par exemple par e-mail à une personne inconnue, dans un forum de dialogue en direct ou dans un groupe de discussion.
o Toujours se rappeler que ce que l'on peut lire sur Internet, n'est pas nécessairement vrai. N'importe qui pouvant publier n'importe quoi.

 

Stéphane Heller

Enseignant depuis une dizaine d'années et également responsable informatique dans un établissement scolaire dans le canton de Vaud.
Licencié ès Lettres de l'Université de Lausanne, il a rédigé son mémoire en section d'informatique et méthodes mathématiques sur le thème de la protection des jeunes internautes.

 

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